Jeudi 7 mai 2009
 

Accords des corps

 

 

« Mon parcours vers l’importance du travail physique commence par une pratique intense du yoga de la Kundalini. A mon entrée à l’ENSATT, je partage avec mes camarades cette discipline et l’intègre petit à petit au travail de concentration, d’échauffement et d’endurance que nécessite le plateau.

 

Une rencontre avec la metteur en scène et comédienne Pol Pelletier me permet de découvrir l’approche corporelle de Grotowski, de son vocabulaire si adapté à la dynamique de l’acteur. Au fur et à mesure, la discipline du corps, de son travail quotidien s’impose. Elle se nourrit et évolue à travers différentes rencontres, notamment avec Benoit Théberge (chorégraphe et mime), mais aussi avec l'aïkido (et son travail interne qui lui est propre, l’aikitaiso).

 

De fait, j’en viens aujourd’hui à ne plus concevoir le jeu sans cette mise en éveil des sens, comme je ne conçois plus un acteur sans conscience de son corps. Ici, ma démarche rejoins celle de Laurent Ziveri et c’est sans doute pour cela qu’il m’a proposé par deux fois de l’assister et de prendre en charge les « trainings » matinaux qui rythment les répétitions.

 

Le travail corporel que je propose, le « training », vise à développer des contours conscients de nous-mêmes, dans l’espace, à travers des postures (statiques ou dynamiques), des exercices qui permettent la mise en éveil de notre palette émotionnelle, sensorielle et relationnelle.

 

« Le corps est un temple » nous rappelle Yoshi Oida. Il s’agit de le nourrir, tant physiquement que spirituellement. Il est notre premier compagnon de vie, avec qui nous partageons tout. Il est la maison, le territoire de toutes nos expériences. Il est le véhicule de notre parole et de nos émotions. Il est le vecteur de l’énergie qui circule entre la scène et le public.

 

Nous irons donc avec cette écoute sensible à la rencontre du corps d’Hamlet : Quelle est sa nature ? Comment respire t-il ? Comment marche t-il ? Comment bouge t-il ? Quelles émotions et quelles vibrations l’animent ? Comment vivra t-il la « confrontation » avec le Ziveri « acteur » ?…

 

Il n’y a plus qu’à ! »

 

Erica.R

06 mai 2009

Par MeS
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Lundi 4 mai 2009
 

« Genèse d’un oui

 

C’est un après-midi d’avril, Laurent Ziveri me rend visite à Paris.

Je suis enceinte jusqu’au menton : promenade en bord de Seine; printemps plein de promesses.

Il y a parfois des instants où les images résonnent avec les mots.

C’est ce jour-là que LZ dépose Hamlet sur mes pieds comme un trophée qu’il faut élever. Je dois l’apprivoiser, laisser germer en moi la graine inespérée de l’inconnu.

L’idée m’intimide, pourtant je dis oui. Un « oui » qui ne laisse pas la place à la peur. Celle qui empêche d’agir, celle que tout un chacun ressent à l’appel du vide, celle qu’Hamlet redoute, qui envahit l’Être, celle qui fige dans la glace le désir de vie, qui tue la cellule dans son œuf. Ce « oui » libérateur ouvre une brèche dans laquelle un mouvement s’introduit, imperceptible, fragile, sensible. Ce « oui » , à son commencement rond comme une matrice, se verticalise, planté comme un sceptre, le pied du «  i » dans la terre et son point dans le ciel ; entre ces deux lettres, « u » est comme le pont, le cordon ombilical entre moi et le projet, par où peut circuler la matière nourricière.

On entend souvent  dire :« Ce projet c’est mon bébé », ou « Je le porte… »

Je ne sais pas si c’est de cela dont il s'agit, mais en tout les cas, le projet a un père et une mère. Me voilà rassurée. Cette complémentarité, cet équilibre, cette complicité d’amitié dans le travail que nous avons et voulons développer donne confiance à notre ambition.

Il s’agit d’apprivoiser l’invisible et d’imposer silence à ce que l’on sait; il s’agit de laisser venir ce qui n’existe pas, il s’agit d’écouter la gestation en marche.

 

Faire naître un « nouvel » Hamlet aujourd’hui, c’est se donner la possibilité d’observer une transformation : transformation qui prend toute une vie d’homme ordinaire, sinon plusieurs générations pour aboutir à un accomplissement. Cette transformation qui réclame des décennies, voire des siècles pour les sociétés, les mœurs, les croyances, est, au théâtre, visible en quelques heures.

Elle relève de cette grâce, de cette magie que nous pouvons partager dans le travail, et ensuite avec le public.

Hamlet c’est une respiration, c’est l’équilibre parfait. Il a autant de féminin et de masculin en lui.

Hamlet, c’est aussi l’histoire d’un homme qui marche en conscience vers sa finitude. Chaque mot devient un acte de vie, un acte de mort, une libération en mouvement.

Hamlet convoque la question fondamentale de l’existence humaine : « Qui suis-je ?, pourquoi ? pour qui ? comment ? La question de l’Homme, dans son « êtreté », au-delà de la personnalité, est bien celle de l’individu dans toute sa complexité, avec ses souffrances, ses croyances et ses doutes, ses contradictions, ses fantômes, ses désirs et ses terreurs ; elle trouve sa quintessence ontologique dans la fameuse question « Être ou ne pas être », inscrite en chacun de nous, et par là même dépasse celui qui la pose..

 

Mettre en scène «  Hamlet », avec ou sans expérience, est une folie mais toujours une chance ! C’est du théâtre, et donc avant tout une expérience humaine, un désir d’échanger, de confronter les points de vue, de convoquer les esprits, les corps et les énergies qui permettent l’expression de la vie et la naissance de la création. »

 

Erica R, le 1er mai 2009 

Par MeS
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Samedi 2 mai 2009
 

A propos de la relation d’Hamlet et de son père.

 

Et si l’un avait autant besoin de l’autre? L’âme d’Hamlet père erre douloureusement. Sa mort si violente, si tragique, si barbare nécessite une libération pour poursuivre son chemin avorté par son traître de frère. Le meurtre en plein sommeil ne permet pas le repos de l’âme. Dans la plupart des croyances, l’âme erre 40 jours : c’est une période transitoire qui lui permet de quitter le corps et de partir à la recherche d’une nouvelle incarnation afin de poursuivre son chemin jusqu’à l’accomplissement véritable.

Dans sa quête de justice légitime, le spectre n’a pour seule issue que sa descendance comme moyen d’agir.

Il dit : « venge-moi » et aussitôt « n'entâche pas ton esprit ».

Ces deux injonctions ne sont-elles pas contradictoires ?

Dès lors, le destin d’Hamlet s’inscrit.

Hamlet n’a plus le choix, il ne se pose plus la question du choix.

Et c’est en cela une tragédie : les Cieux, le Spectre ou le ou les Dieux, c’est pareil, ont choisi pour lui.

Hamlet est dans un lien si fort d’admiration, d’identification au père.

Le père est idéal. Il est père et roi à la fois. Le pouvoir et l’amour réunis en un seul homme. Père parfait, fils parfait, liés par le sang et l’esprit.

Hamlet va agir pour sauver l’âme désemparée de son père. C’est cette mission qui va échafauder ce qu’on peut appeler le destin d’Hamlet. Car si le père a besoin du fils, le fils à peut-être aussi besoin du père. Avec son père absent, quel sens a maintenant sa vie ? Cette relation au spectre offre une perspective de donner un sens à sa vie. Par nécessité de loyauté, il trouvera l’énergie d’agir au prix de se renier. Il réparera par justice, il réparera par vengeance, il réparera par le crime, il réparera par amour, et ainsi il deviendra.

 

E.R le 29 avril 2009

Par MeS
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Samedi 2 mai 2009
 

HAMLET

 

« Être ou ne pas être Hamlet?!

 

Être Hamlet. Un choix que nous avons fait à deux avec Erica Rivolier. Elle m'y a poussé, entraîné. C'est un long chemin, une longue histoire. C'est fait de désir et de plaisir de jouer et d'échanger, de raconter, de porter et de donner cette parole. C'est cette envie partagée de questionnement sur l'homme, de qui nous sommes, d'où nous venons. C'est une complicité et un travail. C'est avant tout poser un acte de théâtre.

 

Être Hamlet c'est commencer à comprendre Hamlet, c'est le rencontrer, c'est être dans son souffle, dans sa respiration. C'est prendre ses mots, ses pensées, ses doutes. C'est prendre en charge sa sensibilité, son émotion, sa fragilité, ses failles, ses faiblesses.

Être Hamlet c'est donner une nouvelle possibilité à ce personnage de vivre dans la lumière de ce nouveau siècle.

Être Hamlet c'est une sorte de vertige pour tout homme de théâtre, c'est s'approcher du personnage par excellence.

Être Hamlet c'est le sentir dans son corps, lui donner une âme, un regard, un cœur qui bât et qui s'accélère, une main qui tremble, des viscères qui se tordent.

Être Hamlet c'est avoir peur de ce trop « d'humanité », c'est se plonger dans l'âme humaine, au plus intime, au plus profond, au plus dangereux. Hamlet est dans une limite : Il joue, cherche, s'abîme volontairement, se tord le cœur, s'essouffle sur sa raison ; il doute, il triomphe. Hamlet vit et meurt.

 

Être Hamlet c'est aller à la rencontre de tous nos pères, de tous nos frères. C'est être Prince et Homme. C'est être Fort. C'est être Faible.

Être Hamlet ce n'est pas se prendre pour Hamlet, personne ne peut vraiment être Hamlet, mais c'est lui offrir toutes les possibilités d'exister. On ne connait jamais Hamlet. On ne peut qu'aller à sa rencontre, apprendre à mieux le connaître.

 

Être Hamlet c'est un choix dans son parcours de théâtre. C'est passer par ce point pour mieux comprendre l'acte, s'avancer dans la compréhension du travail du comédien.

Être Hamlet c'est vivre avec Shakespeare, surtout. C'est côtoyer la dimension d'un texte qui transporte et qui a fait le théâtre.

Être Hamlet c'est un rêve. C'est une responsabilité. Être Hamlet c'est dire « être ou ne pas être ». Mais c'est ne rien dire aussi. C'est prendre en charge un destin, le destin d'un homme tout simplement. »

 

Lz Journal d'Hamlet

27 avril 2009

 

Par MeS
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Samedi 2 mai 2009

 

HAMLET ET OPHELIE

 

« Hamlet aime Ophélie.

Ophélie aime Hamlet.

 

Qu'est ce qui est impossible dans cet Amour?

Elle ne comprend pas, ne reconnaît pas, ne sait pas. Il divague, il pousse, il inspire à être détestable. Pourquoi?

 

Elle sert à ses invectives, à son jeu malsain. Elle est soumise à l'autorité des hommes, père, roi, frère, Hamlet (l'amoureux).

 

Ophélie est différente. Elle ne ressemble pas à ces héroïnes dont Shakespeare nous a fait coutume. Elle ne se bat pas. Elle prend. Subit. Accepte. Tombe à genoux. Ne se relève pas. Elle est une femme de cette société. Elle leur appartient. Miroir d'une condition féminine.

Ophélie est piégée. Elle est l'instrument de sa propre tragédie. Ne pas la négliger. Elle est une autre figure d'Hamlet, un Hamlet féminin, lui qui nie tant la féminité. Elle est porteuse d'un conflit inconscient et insolvable.

 

Hamlet n'a plus de père. Elle n'a plus de mère. Son père est l'ennemi de son amour pour Hamlet. Elle souhaite elle aussi sa mort ? Mais c'est Hamlet, l'amoureux qui accomplit le parricide (cf Le Cid). Il faudrait qu'elle accepte la culpabilité et la frustration?

 

Un père mort est souvent plus vivant, plus présent, plus symbolique et une fois de plus la pièce nous pose le problème du père.

 

Elle tombe Ophélie, ou se laisse tomber, dans le gouffre, plus inconsciente, plus courageuse, plus déterminée finalement.

 

Sa tragédie elle la chante. Dans ses mots. Elle révèle ses désirs refoulés. Comme une prophétie.

 

Hamlet après cette mort ira à son destin final. Emporte-t-il avec lui l'amour d'Ophélie? La belle, la douce, la docile, la fragile Ophélie? A-t-il voulu la protéger en l'éloignant? Son obsédante vengeance l'a t-elle éloignée de l'Amour? Il ne livrera rien mais se résoudra, peut être, à accepter son destin. La tragédie est là.

 

Ophélie danse à jamais dans le cœur d'Hamlet. »

 

LZ 15 avril 2009

Journal d'Hamlet

Par MeS
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